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Par une
douce nuit étoilée Léo, le chat bressan, a rendu sa petite âme
au dieu des chats.
Il était mon ami, ma douceur et ma consolation.
Pendant deux mois, il a lutté contre une maladie d'origine
inconnue commencée de façon très anodine: Léo refusait de
manger. Il s'est battu jusqu'au bout de ses forces, subissant
de nombreuses visites au vétérinaire, des examens médicaux,
des injections, une échographie puis une opération Alors Léo
nous a fait comprendre qu'il en avait assez. Je l'ai ramené de
la clinique, le vétérinaire ne pouvant plus rien pour lui. A
la maison il a eu l'air de reprendre goût à la vie, sur ses
pattes flageolantes il me suivait, il a réclamé à manger.
J'étais pleine d'espoir.
Hélas, le lendemain matin, Léo a refusé toute nourriture. J'ai
compris alors que ce serait bientôt la fin. Une longue journée
a commencé.

Je ne te
verrai plus par la fenêtre traquer le mulot ou le campagnol.
Le soir, après ta balade quotidienne, je n'irai plus t'appeler
dans le noir, fouillant le jardin de ma lampe de poche, tu ne
sortiras plus de nulle part, jamais où je t'attendais, en
poussant un petit miaulement à peine audible, je ne te
prendrai plus dans mes bras et tu ne mettras plus tes pattes
autour de mon cou. Douze ans d'une relation très particulière
vont s'achever.
Maintenant, tu es là étendu sur le coussin, petite chose
noire amaigrie, tes os percent la peau, aigus comme des lames.
Toi si beau, si grand, tu n'es plus que l'ombre de toi-même.
Cette journée particulière se déroule calmement. Deux ou trois
fois tu te lèves pour aller dans le bac à sable mais tu n'as
pas la force de revenir, je dois te prendre dans mes bras et
j'ai peur de te casser. Dans ton visage triangulaire comme
celui d'un chat siamois, deux yeux immenses me fixent.
Nous sommes rien que les deux, je vais t'aider tant que je le
peux mais comme tous les êtres vivant sur cette planète, tu
dois affronter ta mort tout seul. Je suis fascinée par le
mystère de la mort qui approche. J'aimerais tant savoir ce que
tu ressens. "Ce n'est qu'un animal !" me diront les grands
esprits, je le sais bien mais ce que tu ressens en ce moment,
on ne le trouve pas à la pointe du scalpel ni au bout des
électrodes. Personne que je sache n'a jamais pénétré dans le
cerveau d'un chat qui agonise, alors Messieurs les grands
esprits, soyez humbles et taisez-vous !

Arrive le
début de la soirée, j'ai l'impression que tu ne me vois plus,
bien que tes yeux restent ouverts, les prunelles dilatées, tu
es déjà passé de l'autre côté. Un peu plus tard, tu convulses,
une sorte de grand hoquet qui te secoue des oreilles jusqu'à
la queue, je panique un peu puis je me rassure en décidant que
ce sont des mouvements réflexes et que tu ne sens rien. Je te
caresse la tête, j'applique mes mains sur ton ventre pour
contenir les spasmes. Cela
dure un long moment.
Je te murmure à l'oreille que tu dois lâcher prise, que je te donne la
permission de partir.
Les convulsions ont cessé, tu cherches ton air en ouvrant la
gueule et en tirant la langue. C'est si difficile de
pousser cet air au dehors, cet air que tu vas chercher très
loin !
Pendant quelques minutes, je te tourne le dos occupée à autre
chose... et tu en profites pour t'en aller. Voilà c'est fini.
Telle une automate, je m'occupe de toi, remonte ta mâchoire,
abaisse tes paupières, dispose tes pattes arrière sous ton
ventre, arrange ta queue en un élégant arc de cercle puis je
te dépose dans un panier.

Alors
monte en moi un souffle léger, le soulagement de savoir que cette longue
lutte, cette angoisse profonde, cette frustration de n'avoir
pas réussi à te sauver sont terminées. Ma peine bientôt, je
le sais, sera faite de flux et de reflux, je t'oublierai par
moment puis tu m'apparaîtras soudain sous un buisson ou au
creux d'un chemin, mais ce ne sera qu'une illusion et je
reviendrai à la réalité cruelle jusqu'au jour où la souffrance
s'atténuera. Tu rejoindras dans mon souvenir celui de mes
autres chats morts, tous aimés, tous uniques, tous perdus.
Demain
matin, je t'enterrerai au pied de l'amélanchier du Canada, cet
arbre qui le premier au printemps se pare d'étoiles blanches.
Tu reposeras dans ce jardin dont tu connais les moindres
recoins, dans ton jardin, Léo, en cette terre de Bresse à
laquelle tu appartiens.
Adieu, mon Léo
CC
septembre 2005


Création "La bande à Léo"
septembre 2005 "Teardrops"
is used with the permission or
Bruce de Boer
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