Ce matin, la maison était comme d’habitude, tranquille et  bien sombre, il n’était que 6 heures. Et pourtant, il manquait une présence. Personne ne réclamait sa petite crème du matin, ses croquettes ou son bol d'eau. Noé le chat n’était plus. Il était parti rejoindre sa mère Agathe la noire, 65 jours après le départ de celle-ci.
Je n’arrive pas à le réaliser, tout est allé si vite.

Après la mort d’Agathe, Noé a eu un comportement très étrange, il cherchait à se cacher dans des coins sombres, évitait tous les endroits où Agathe avait pu se poser. C’est ainsi qu’il fuyait ma chambre, ne passant plus ses nuits à mes côtés, préférant les passer à même le sol, le plus loin possible. Il restait des heures immobile à regarder par une fenêtre…il pleurait souvent. J’avais diagnostiqué une dépression mais en même temps, je  voyais qu’il buvait beaucoup d’eau, de plus en plus d’eau.  Hier matin, il est venu dans ma chambre et a essayé de boire l’eau  du verre qui se trouvait sur ma table de nuit. Alors j’ai compris et j’ai pris rapidement rendez-vous chez le vétérinaire.

L’examen du sang de Noé a confirmé mes craintes. Noé souffrait d’un diabète carabiné. Un jour ou deux de plus et je l’aurais trouvé dans le coma. On m’a expliqué très calmement qu’il existait un traitement à savoir deux injections d’insuline par jour, tous les jours plus des contrôles de glycémie et cela sans garantie. J’étais assommée  par ces informations. Que décider ?
Ce traitement très astreignant et pas forcément bien toléré par le chat ou l’euthanasie ?
J’ai hésité longtemps me sentant à la fois incapable d’envisager ce traitement et indigne de  ne pas le décider. Finalement le vétérinaire m’a aidée avec beaucoup d’empathie et sans exercer de pression. Il m’a dit d'une voix douce
 
      - je vais l’endormir.
J’ai accepté d'un signe de tête et suis restée auprès de mon Noé qui était tellement las de par sa maladie qu’il s’est endormi pour toujours et sans un mouvement  dès que la seringue eut pénétré sa veine.

 Ce soir je peine à décrire ce que je ressens. La maison craque à son habitude et je me dis qu'il faut que j'aille voir ce que fabrique Noé et aussitôt je me souviens que ce n'est plus la peine. J'ai l'impression qu'il est derrière moi et je sais que c'est faux.
C’est une longue page de 33 ans qui se tourne et je n’y étais pas préparée. Aujourd’hui je me suis sentie très lasse et je dois réapprendre à vivre dans une maison sans chat. Je me rends compte à quel point mes gestes et mes habitudes étaient conditionnés par leur présence. J’avais jusqu’à présent toujours fait passer leurs besoins avant les miens mais je n’en ai plus la force. 
La bande à Léo n’est plus, il y aura peut-être une suite mais pour le moment je l’ignore.
Adieu mon beau et doux Noé, tu étais un peu sauvage, un rien névrosé mais je t'adorais . Si jamais tu rencontres Agathe, dis-lui qu'elle me manque !

 Décembre 2011

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Création La bande à Léo
décembre 2011