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Un
couple de mésanges pas très futé avait fait son nid sous
l’avant-toit de l’immeuble, avant –toit de métal, garni
de poutrelles étroites, le genre très moderne. Voilà qui
était étrange car la forêt tout proche, riche de ses
chênes, frênes, hêtres, sureaux, merisiers et autres
aubépines, semblait offrir des niches plus confortables.
Mais peut-être que les mésanges helvétiques comme les
gens d’ici aiment le béton, le métal, tout ce qui est
carré, bien droit, malheur au brin d’herbe qui pousse de
travers, "propre en ordre" telle est la devise ! Même les
fleurs semblent au garde - à - vous.
De plus, le couple avait dû bâcler l’ouvrage si bien
qu’un jour, à mes pieds, je remarquai une petite chose
rose déplumée, que j’enterrai aussitôt, le premier bébé
de la couvée.
Trois, quatre jours plus tard, Agathe la chatte
qui somnolait sur une chaise, fut fort aise de recevoir
quasiment dans le bec un deuxième oisillon qu’elle
croqua sans état d'âme. Délicieux encas tombé du ciel !
Une petite semaine encore et mon voisin, un jeune
garçon, s’écria :
- "
Oh, il y a un oiseau, là !"
J’accourus et trouvai une petite mésange charbonnière
coincée dans l’angle d’une marche d’escalier. Elle
essayait de voleter mais n’arrivait pas à décoller. Je
pris l’oiseau et vis qu’il n’était pas blessé. C’est
alors que nous entendîmes des piaillements rageurs
au-dessus de nos têtes :
la maman mésange, perchée sur le rebord de l'escalier,
protestait de toutes ses forces et
nous intimait de laisser son petit. J’ai proposé au
jeune garçon de nous en aller, la mère de la petite
mésange allait sûrement s’en occuper. Je n’y croyais pas
trop mais que faire d’autre.
Un moment après, l’oiseau avait disparu. Je n’y pensais
plus quand vers la fin de l’après-midi, on me
fit remarquer qu’un petit oiseau sachant à peine voler
était monté le long des jardins en pente et se trouvait
maintenant dans une des petites allées transversales.
Les parents, des mésanges charbonnières, s’affairaient
depuis un très long moment à le nourrir au sol,
petit oiseau tout apeuré, plumes hérissées, qui attendait sans bouger. Ils
s'envolaient bien haut puis plongeaient à tour de rôle.
C’était très émouvant.

L'oiseau était là
quelque part mais le chat n'y était pas !

Hélas le soir approchait et avec lui, tous les dangers de
la nuit, les chats (sans Agathe ni Noé qui passent la
nuit avec moi), le renard, les corneilles
si agressives, une buse, une chouette ou une belette…la
liste est longue.
Le lendemain matin, la petite mésange avait
disparu. Quant aux
parents, on ne les a pas revus. Toute cette peine pour
rien.
Une
fois encore j’ai pensé que cette nature que nous avons
un peu trop tendance à déifier de nos jours, était
décidément bien cruelle.

Création "La bande à Léo"
août 2008 |