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Le printemps est arrivé d’un
coup après un long hiver morne et gris qui mettait les gens de
mauvaise humeur. Subitement les prunus puis les forsythias, les
merisiers, les magnolias se sont réveillés et ont transformé les
paysages en féérie. Les prés ont verdi, illuminés par les pissenlits
suivis par les boutons d’or, fleurs luisantes et dangereuses que les animaux ne
broutent pas.
Je voyais le troupeau de loin, il s’ébattait dans l’ immense champ vallonné, bordé de forêts, j’aimais ce spectacle reposant, presque hors du temps.
Puis, un jour, le malheur est arrivé, un veau est mort.
Un voisin a vu la forme blanche
qui gisait au sol, il est allé la voir. La mère du veau mort, à l’avant
du troupeau, le flairait longuement. Le troupeau, lui, ne
bougeait pas et regardait la scène. Quand le voisin s’est approché,
le troupeau est venu à sa rencontre, la mère toujours à l' avant.
Un peu plus tard, l’éleveur est arrivé au volant d’un tracteur. J’ai moi-même vu la scène avec mes jumelles. Le troupeau s’était massé devant le tracteur en arc de cercle, les animaux bien serrés, flan contre flan, les petits à côté de leur mère et la mère du veau mort, seule à l’avant du troupeau. Les animaux sont restés immobiles pendant tout le temps du chargement du veau sur le tracteur puis le tracteur est parti avec son fardeau. Les vaches se sont dispersées tranquillement.
Le voisin qui avait tout vu
depuis le début était troublé, il m’a dit : Rassurez-vous, il m’arrive, rarement, de manger de la viande mais je ne peux le faire sans une certaine gêne car, comme dit l’un des personnages de Marguerite Yourcenar, Zénon, philosophe et médecin de l'Oeuvre au noir , j’ai de la peine à digérer les agonies. Et le regard des vaches me trouble infiniment, il y a en elles tant de douceur sous leurs longs cils blancs.
Epilogue
L'été a passé avec ses pluies, ses
orages, ses jours brûlants. le troupeau a vécu heureux, les veaux
ont grandi, forci, gambadé tout leur saoul. Mais l'autre jour dans
la brume du matin, la bétaillère est revenue qui a emmené tous les
veaux. Vers quel destin ? Je préfère ne pas l'imaginer
Création La bande à Léo |