Les jaunes, les roux, les mauves, le beige de la terre fraîchement labourée après que les maïs ont été coupés, la brume légère se traîne au pied des forêts, le soleil peine à percer les nuages, signes que l’automne est arrivé au bras de l’hiver. Il fait froid à l’aube, des gelées ont brisé l’arrogance des dahlias fiers de leur couleur éclatante, ils pendent lamentables, les gracieuses anémones du Japon qui dansaient dans la brise se sont flétries d’un coup et sèment leurs pétales. Des étourneaux en rangs serrés sont perchés sur les fils et se régalent de temps à autre des graines fraîchement semées.

Les lézards des murailles sont un peu perdus : " est-ce l’hiver ou l’été ? " Dès que le soleil commence à faiblir, ils se réfugient dans les embrasures de fenêtres où seul apparaît un bout de queue en virgule, à l’aube ils sont toujours là puis la température s’élevant, ils sortent pour une petite  promenade. Il arrive que l’un d’entre eux oublie l’heure et je le retrouve accroché au mur, figé, je le saisis et le mets à l’ abri jusqu’à ce qu’il reprenne vie.

 

Dans mon bureau une grosse araignée noire a élu domicile. Elle est collée au mur et me nargue, j’essaie de l’attraper mais elle file à toute allure se réfugier sous une bibliothèque, c’est que l’on va vite avec huit pattes. Je me demande de quoi elle vit.

Agathe et Noé, les rescapés de la bande à Léo, sont heureux, ils sont libres. Les campagnols abondent et on reste de grands moments à les guetter au sortir de leur tanière. Ensuite, tant pis pour eux, ils se font manger à moins que je réussisse à les sauver. Noé ignore ce que savent les autres chats, à savoir qu’il ne faut pas manger la vésicule biliaire, un peu plus tard il régurgite le tout, de préférence sur un tapis. Personne n’a jamais pu me dire pourquoi les chats vomissent toujours sur les tapis  !

Nous avons retrouvé la Bresse qui nous a tant manqué pendant notre exil. Je revois avec ravissement les paysages alanguis, ourlés  de forêts aux couleurs de l’automne, traversés par des rivières paresseuses où l’on pêche carpes et gardons. Quelques vaches charolaises paissent non loin, bêtes musclées sans ces grosses mamelles qui traînent par terre et font tanguer les vaches laitières. Et puis il y a le chien Vigile, une montagne d’amour dans un pelage de chien mais dont les chats ont si peur.

 La Sâne morte

J’ai retrouvé les petites routes sinueuses où l’on se perd, les GPS les ignorent et les portables ne passent pas partout. J'ai retrouvé les noms des lieux-dits, toute une poésie, Moulin de la Chapelle, La Perdricière, les Drillons, la Ville aux David, le Bois de la Motte... et tant d'autres !  Il faut que je me procure une carte militaire.

J'ai revu les maisons anciennes au toit pentu, le plus souvent magnifiquement restaurées mais parfois en ruine.

L’hiver va bientôt s’installer et nous veillerons au coin de la cheminée tandis que dans la terre, toute une alchimie se déploiera  pour préparer la fête du printemps. Alors, avec un intérêt  avide, j’irai au point du jour faire le tour de mon nouveau jardin.

Création "La bande à Léo,
octobre 2010