C’est le caniche qui a attiré mon attention. Il tirait  sur sa laisse de toutes ses forces vers quelque chose d’invisible sous les lauriers. Soudain, je vois bouger  ce quelque chose. Puis la chose se montre et part sur trois pattes, un chaton noir et blanc. Il ne va pas loin, juste vers l’abri qui borde la route. Pendant quelques minutes j’hésite mais je ne peux pas résister, il faut que j’aille voir. Je sors de la maison tout en sachant que je vais au devant d’embêtements, mes deux chats ne vont pas aimer, Agathe la noire  va feuler et hurler…  Noé ira se cacher puis se remettre à arroser murs et  meubles…  moi, suis trop vieille  pour m’encombrer d’un chaton... Je continue d’avancer, le chaton vient à ma rencontre… et puis les soins vétérinaires, les vaccinations, et puis…Trop tard, le chaton est là à mes pieds, il pousse de petits cris plaintifs

J’arrondis mon bras et le prends, il se met à ronronner. Il est léger comme une plume, il a les pattes pleines de boue.
Je le ramène à la maison me demandant avec angoisse ce que je vais en faire. Je traverse la chambre en vitesse pour ne pas troubler Agathe et Noé qui dresse une oreille, je le mets dans un panier à chat. Il ne proteste pas, se pelotonne et ronronne. Première chose : aller sonner aux portes des maisons du voisinage pour savoir si on n'a pas perdu un chaton. Non bien sûr,  personne n’a perdu de chaton, ç’aurait été trop beau.
Alors je téléphone au vétérinaire, j’obtiens un rendez-vous rapide.

 
Dans la salle d’attente, je regarde le petit chat qui me regarde aussi. Son regard est clair,  il ne bouge pas mais a l’air en bonne santé. Je sens que je commence à l’aimer, il est mignon comme tout avec une petite tache noire sur son nez rose. Non, il ne faut pas, il ne faut pas l'aimer !

La jeune vétérinaire nous reçoit enfin. Elle examine le chaton et découvre que la patte droite ne tient plus à rien, la hanche est brisée. Sans doute l’œuvre d’une voiture !
Comment ce chaton peut-il avoir l’air si calme alors qu’il doit tellement souffrir, il se laisse manipuler sans protester ? La vétérinaire me raconte qu’une fois elle a reçu un chat qui avait une patte prise dans un piège à mâchoire, interdits ces pièges, mais pas les salauds,  le chat en question ne se plaignait pas, la patte toujours entre les dents du piège. Les chats ont la douleur muette.
 

Très vite je dis à la vétérinaire :
-je sais que vous n’aimez pas faire ça et moi non plus surtout pour finir l’année  mais je pense que le mieux est de l’endormir. 
 En effet qui voudrait d’un chat dans un tel état  d’ autant que je ne suis pas sûre que le chaton se soit perdu, il est très probable qu’on l’ait amené là dans la forêt proche pour l’abandonner, ce petit chat n’est pas tombé du ciel. Ensuite  il a traversé la route et il a été heurté. Depuis combien de temps était-il là, dans le froid, dans le brouillard ? J’ai vu que l’herbe était foulée sous les lauriers.
Alors la vétérinaire prépare la piqûre calmante et mon petit chat s’endort tandis que je le caresse doucement et dépose des baisers sur son front. Puis vient la piqûre définitive. C’est fini. On ne te fera plus jamais de mal.

Le petit chat est venu vers moi me demander de l’aide et je la lui ai  apportée, pas la vie mais une mort douce. Il s’est endormi sans douleur, entouré d’amour,  au lieu de crever au bord de la route, ou de se faire dévorer. Son regard confiant me hante et je ne suis pas près de l’oublier.
De bonnes âmes vont penser que ce sont bien des histoires pour un chaton inconnu. Mais  c'est ainsi, je ne supporte pas la souffrance d’un petit être innocent.


Le petit chaton était une chatonne !

31 décembre 2010, 16heures !

Création La bande à Léo
janvier 2011