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De longs bûchers sans fin
S'étendent sur la terre
Éclairent la nuit sombre
De l' Angleterre.
On brûle les animaux
Déversés à la pelle
Tués, nous dit-on, d'une balle dans la tête
Tués vraiment ? Le sont-ils tous ?
Les vaches aux yeux si doux
Les veaux au mufle rose
Qui tètent encore leur mère
Et les cochons , hurlant leur frayeur,
Serrés l'un contre l'autre
Dans un réflexe vain
Pour fuir leur destin,
Montrant leurs derrières fessus
Comme des bébés joufflus ?

En ce début de troisième millénaire
Les hommes ont peur.
Resurgissent les craintes ancestrales
Souvenir des pestes du Moyen Âge
Ils sacrifient aux dieux vengeurs
Pour exorciser le malheur
C'est le massacre des innocents
En Angleterre et sur le continent
Transformés en gigantesques abattoirs,
De longs, très longs bûchers
Allument la nuit noire
Des tas sinistres, émergent les pattes raidies
Dressées vers le ciel
Tels de grands doigts accusateurs
Des ventres gonflés éclatent
Libérant leurs odeurs

L'air alourdi de souffrances
Asphyxie les tueurs
Des cris étouffés par d'autres corps jetés
Percent la nuit sans lune
Les chouettes aux yeux écarquillés
Frissonnent et ululent
Les corbeaux effarés s'enfuient en haut des cimes
Et se taisent
Les lapins, les renards, les blaireaux,
En silence se terrent
Leur tour pourrait venir
On est en plein délire
Malheur sur l'Angleterre !

De l' autre côté de la mer
Dans la douce France
Les moutons de l'Aïd
Échapperont au couteau
Mais pas aux séides
Des polices sanitaires
Qui, sans état d'âme,
Les jetteront dans les flammes
C'est le silence des Agneaux

Combien cruelle est cette époque
Qui, à force de mépris et d'arrogance,
Ne sait que tuer sans conscience
Toujours prête à l'anéantissement
Des êtres innocents
Hommes ou bêtes
Rien ne l'arrête
L' Homme depuis peu
S'est proclamé roi de l'Univers
Il ne croit plus à Dieu
Ni aux supplices de l'enfer
Qu'il prenne garde pourtant
Rien ne se crée, rien ne se perd.
Les bûchers immenses
S'étirent sur la terre
Éclairent la nuit en transe
Maudite est l'Angleterre

Cette abominable tuerie
Est perpétrée en mon nom
Sous mes yeux
Jusque dans mon salon
A cause du récent principe de précaution
Justifiant par avance toutes les exactions
Nourrissant l' illusion mortelle
D'une vie terrestre qui serait éternelle
Sans maladie, sans accident, sans danger
Sans risque, voilà le mot lâché.
Je tends l' oreille en vain
Et n'entends rien
Aucun cri d'indignation
Aucune protestation
C'est le silence des bourreaux

Des bûchers immenses
Allongés sur la terre
Crépitent et rougeoient
Sur le fond de ciel noir
Je perçois le grondement des corps
Qui dans les brasiers s' effondrent
Les peaux, les cornes et les os
Les soies, les cuirs et les sabots
Flambent , se tordent et craquent

Ne me restent que le désespoir et la colère
Pour maudire l'Europe et la PAC*
Et plaindre l'Angleterre !
CC

PAC =
politique agricole commune européenne qui petit à petit a conduit à une
surproduction.
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