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Qu'il faisait
froid, grand Dieu
Hier
Quand nous marchions
Sous les grands arbres nus
Ployant sous le vent
Le vent si fort
Qu'il
perçait nos vêtements
Pinçait nos oreilles, gerçait nos lèvres
Rendait la parole difficile
La nature même était hostile
Dans les allées de l'asile

Nous parlions à bâtons rompus
Remuant les feuilles mortes
Pourrissantes
Nous parlions comme deux êtres perdus
De tout, de rien
De ta misère surtout
De ton acharnement à vouloir te détruire
Par tous les moyens
A l'aube de tes dix-sept ans

Et je te comprenais si bien
Mais je ne pouvais rien
C'est moi qui avais besoin de toi
Et non le contraire
Mais tu ne le savais pas
Et je devais paraître forte
Tout en piétinant les feuilles mortes

C'était moi au fond
Qui parlais par ta bouche
Tu avais seulement plus de passion
Plus d'inconscience téméraire
L'inconscience
De ta toute proche enfance
Dont j'eus tout à coup
Le brutale révélation

Et je me sentais vieille
Et lourde et impuissante
Figée dans le vent glacial
Je t'écoutais
Chacune de tes paroles
Etait une lame acérée
Qui se fichait dans mon cœur
Et le faisait saigner
Mon enfant
Avec quel élan
J'aurais voulu t'embrasser
Mais nous n'étions pas seuls
Et tu n'aurais peut-être pas compris

Au détour d'un chemin
Nous nous sommes cognés soudain
Aux barreaux d'une grande cage
Pleine d'oiseaux de toutes les couleurs
Et qui ne disaient rien
Il y avait un faisan doré
Avec un drôle de chapeau sur la tête
Ciel ! Qu'il avait l'air bête
Des perroquets rouges et bleus
Des perruches grises avec des houppettes
L'une d'entre elles, te souviens-tu
S'efforçait de déchiqueter
Un bout de rameau têtu

Dans un coin ,tout
au fond
Tu me fis remarquer
Un petit, tout petit
Oiseau gris
Modeste et rond
Avec une tache rouge sur le front
Et que le froid faisait trembler

C'était peut-être, allez savoir
Le petit de la tribu
Le mal aimé, le toujours vaincu
Par les gros, par les beaux
Ceux qui se pavanent
Du matin jusqu'au soir
Avec les airs tranquilles et assurés
Des gens comme il faut.
Nous nous sommes éloignés de la cage

Alors j'ai dû te quitter
C'était l'heure
Il faisait froid
Si froid !
J'ai vu ta silhouette
Devenir plus petite
Frissonnant dans le vent
Seule, sous les arbres nus
Et parmi les feuilles mortes
Mais j'ai aperçu ton sourire
Le sourire frêle des anges
Ou des enfants perdus

Et depuis sans cesse
Je refoule mes larmes
D'amour et de tendresse
Elles pourraient bien geler
Si je n'y prends garde
CC

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Bruce de Boer
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